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Arrosage des golfs sur la Costa del Sol

08/10/2026 12

Comment maintenir des parcours en bon état dans une région régulièrement soumise au manque d’eau ? Sur la Costa del Sol, la réponse se trouve moins dans les sprinklers des fairways que dans un vaste réseau de stations d’épuration et de canalisations. Cette transition, engagée depuis plusieurs décennies, n’est pas achevée.

Le paradoxe des greens dans un territoire sec

À Marbella, Estepona, Benahavís, Mijas ou Manilva, la couleur verte des parcours peut parfois surprendre lorsque les réserves  d’eau potable sont sous tension et que la population se voit dans l'obligation  d'économiser cette ressource. La question est légitime : d’où vient l’eau utilisée pour arroser les golfs, et cette utilisation se fait-elle au détriment des besoins essentiels ?
Il faut d’abord distinguer trois ressources : l’eau potable destinée aux habitants, les eaux conventionnelles issues de réserves ou de nappes et, enfin, l’eau recyclée. Cette dernière provient d’eaux usées déjà collectées et épurées, qui reçoivent un traitement supplémentaire pour permettre certains usages non potables. Elle n’est pas une eau potable de substitution.

Du réseau d’assainissement au parcours

Le processus: 01 Collecte des eaux usées - Épuration et traitement - Régénération traitement et contrôle - Réemploi
Le traitement permet d’obtenir une qualité adaptée aux usages autorisés, sous contrôle sanitaire et environnemental. Les infrastructures de pompage, les réservoirs et les conduites dédiées deviennent alors aussi importants que la station elle-même : une eau disponible à plusieurs kilomètres n’arrive pas automatiquement aux parcours de golfs et ces derniers doivent faire face a des investissements importants pour mener ces taches à bien, en effet en aucun cas l'argenet public est employé dans ces travaux. 

Une stratégie engagée bien avant les dernières sécheresses

La réutilisation de l’eau ne constitue pas une invention récente de la Costa del Sol. Dès le début des années 1990, des parcours de la région ont commencé à utiliser de l’eau recyclée pour l’arrosage. Acosol, entreprise publique chargée du cycle de l’eau sur la Costa del Sol occidentale, a développé cette filière avec les autorités et les gestionnaires des golfs. Plusieurs stations d'épuration y participent, notamment celles de Guadalmansa, Manilva, La Víbora et La Cala de Mijas. 
Ce travail s’est construit par étapes : traitement de l’eau, mise en place de pompes, réservoirs, puis extension des conduites. L’enjeu n’est pas seulement de produire des mètres cubes d'eau recyclée,  il conviente de fournir une eau conforme et suffisamment peu saline pour arroser les fairways.

À Mijas, l’expérience de La Cala Resort

La Cala Golf Resort, à Mijas, indique utiliser des eaux recyclées depuis le début des années 1990 sur ses trois parcours et avoir développé un arrosage ciblé, piloté par secteurs. Ses communications présentent aussi l’emploi de variétés de gazon plus sobres. 

Le golf reste-t-il compatible avec la raréfaction de l’eau ?

La réponse ne peut pas être un simple oui ou non. Les golfs constituent des surfaces irriguées qui nécessitent une ressource importante et un entretien permanent : il serait trompeur de l’ignorer. Mais lorsque l’arrosage utilise une eau urbaine recyclée qui, autrement, serait rejetée après traitement, il peut préserver les réserves d’eau douce. L’impact doit être évalué parcours par parcours, en tenant compte des volumes, de l’origine de l’eau, de l’énergie nécessaire, de la biodiversité et des besoins concurrents.
La profession insiste, à juste titre, sur les retombées économiques et l’effet de désaisonnalisation du tourisme golfique. Cet argument compte pour les emplois et les entreprises de la région, mais ne remplace pas l’exigence d’une gestion mesurable et transparente de l’eau. Les deux dimensions doivent avancer ensemble.
Ce que cela change pour le voyageur golfeur
Pour un séjour golf sur la Costa del Sol, l’état réel des parcours devient une information à vérifier au même titre que les horaires de départ. En période de sécheresse, le bon réflexe consiste à demander avant la réservation quelles surfaces sont entretenues, si les greens sont en état normal, si des restrictions d’arrosage ou des travaux sont en cours et si des modifications de parcours sont prévues.
Pour les organisateurs de voyages, cela suppose de suivre les annonces des golfs et des gestionnaires de l’eau, puis d’informer les clients sans promettre que tous les parcours seront identiques d’une saison à l’autre. Une communication précise protège mieux la réputation de la destination qu’un discours trop rassurant.

Le tournant des prochaines années

Les priorités sont connues : étendre les réseaux d'eau recyclée, fiabiliser les stations, maîtriser la salinité, diminuer les pertes et généraliser des systèmes d’arrosage économes. Acosol travaille en 2026 à un plan visant à développer l’utilisation de l’eau régénérée dans onze communes de la Costa del Sol occidentale. Le véritable indicateur de réussite ne sera pas seulement le volume annoncé, mais la capacité à approvisionner durablement les usagers sans fragiliser les usages prioritaires. 

Trois chiffres à lire sans les confondre

Plus de 80 %des golfs andalous sont arrosés avec de l’eau recyclée, selon la Fédération andalouse en 2025. Ce chiffre concerne l’Andalousie entière, pas uniquement la Costa del Sol.
8 millions m³ volume d’eau recyclée qu’Acosol estime pouvoir fournir sur la Costa del Sol en 2026, tous usages concernés. Il s’agit d’une estimation, non d’un volume mesuré en fin d’année. 
15,35 millions m³ niveau de demande envisagé à l’horizon 2027 dans le plan d’Acosol : une perspective à laquelle devront répondre les réseaux, non une production déjà garantie. 

La réglementation privilégie clairement l’eau recyclée

Le décret andalou 43/2008 impose, en principe, l’arrosage des golfs avec de l’eau recyclée. Il prévoit des autorisations exceptionnelles pour d’autres ressources lorsqu’il n’existe pas de débit d’eau résiduaire suffisant ; il interdit en revanche d’utiliser pour cet arrosage des volumes destinés à la consommation humaine. Il demande aussi à chaque golf un plan de conservation de l’eau et des systèmes d’irrigation adaptés. 
Le plan hydrologique des bassins méditerranéens andalous prévoit que les utilisations transitoires de ressources conventionnelles autorisées soient remplacées, en principe, avant la fin de 2027 par des ressources non conventionnelles, sous réserve des dispositions applicables. 

Pourquoi tous les golfs ne sont-ils pas dans la même situation ?

Deux parcours proches peuvent connaître des conditions d’arrosage très différentes.
L’un dispose d’un raccordement à l'eau recyclée et de lacs de stockage.
L’autre dépend d’une ressource autorisée plus incertaine ou d’une qualité d’eau difficile à gérer. 
Une année plus humide peut soulager les réserves sans effacer le risque structurel : la demande estivale reste élevée, alors que l’eau doit aussi servir aux habitants, aux activités économiques et aux milieux naturels. L’eau régénérée réduit la pression sur les ressources conventionnelles, mais n’est pas gratuite sur le plan énergétique, financier ou environnemental. Il est à noter que la Costa del Sol fait l'objet d'une massification sans précédent depuis une vingtaine d'années et que les autorités estatales ou municipales oublient purement et simplement de construire des réservoirs d'eau potable. 

À Guadalmansa, la qualité de l’eau est aussi un enjeu

La salinité illustre une difficulté souvent peu visible. Si de l’eau de mer s’infiltre dans les réseaux d’assainissement côtiers, la conductivité augmente et l’eau régénérée peut devenir moins favorable à l'arrosage des golfs, des parcours comme Los Naranjos de Marbella ou encore Valle Romano à Estepona ont du faire face à des frais considérables pour réparer les dommages d'uen eau recyclée trop saline .
En août 2025, la Mancomunidad a annoncé qu’après la réhabilitation de 1,9 km de collecteurs à Estepona, la conductivité de l’eau arrivant à l’installation de Guadalmansa avait diminué de plus de 80 %, repassant sous 2 000 µS/cm alors qu’elle avait auparavant dépassé 9 000 µS/cm.
Ce résultat rappelle une évidence technique : pour arroser correctement, il ne suffit pas de disposer d’eau. Il faut une qualité suivie, des installations entretenues et, selon les cas, des pratiques agronomiques adaptées pour éviter que les sels s’accumulent dans les sols.